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Au travail est-ce que tricher est tromper ? Approche psychodynamique de la régulation

Dès que notre intérêt se porte sur la question du travail, nous ne pouvons nous empêcher de constater que les situations de travail ordinaires sont constamment marquées par des imprévus, des accidents, des pannes, etc… qui obligent les individus à faire preuve d’intelligence et de capacités d’adaptation non négligeables. Ce décalage entre les prévisions de l’organisation du travail et la réalité concrète des situations de travail a été décrit maintes fois – très particulièrement dans les travaux de l’ergonomie de langue française – et est aujourd’hui connu sous le nom de “réel du travail”. En outre, lorsque nous observons les moyens déployés par les individus pour faire face à ce réel, nous sommes obligés de constater l’existence de nombreux trucages, tricheries, bidouillages et autres ficelles de métier. Ainsi, pour mener à bout leur tâche, les agents sont parfois obligés de commettre des « infractions », voire de transgresser les procédures, les règles collectives. Ces trouvailles s’avèrent être la plupart du temps autant de contributions à un travail de qualité, conçu d’après les règles de l’art.

Néanmoins, on peut aujourd’hui trouver dans certains domaines des pratiques qui (sur un registre purement instrumental) participent à l’accomplissement de la tâche de façon efficace, mais qui restent discutables sur un plan éthique (on peut citer, par exemple, l’utilisation du mensonge « commercial » dans la présentation des mets dans un restaurant). Ainsi, comme les bidouillages ou les tricheries, ces pratiques fonctionnent comme des outils de travail efficaces, mais restent désormais contestables sur un plan éthique et moral. Nous arrivons ainsi à la question que je souhaite poser : quels critères nous permettent de distinguer ce qui relève du domaine de la tricherie de ce qui relève du domaine de la tromperie ? Puisque la distinction entre tricherie et tromperie semble être d’une importance cruciale, nous allons puiser dans les outils théoriques de la psychodynamique du travail des éléments de réponse à cette question.

Le terme de “tricherie” a un sens particulier en psychodynamique du travail, il désigne certains écarts ou transgressions par rapport à la prescription dont le but recherché est de mener le travail à terme en tenant compte des contradictions de l’organisation du travail (Molinier, 2006). Les tricheries sont ordinaires dans le travail mais les solutions mises en oeuvre ne sont pas toujours satisfaisantes pour le sujet lui-même, notamment lorsque la tricherie va à l’encontre du sens du travail et des valeurs qui y sont associées. Dans ce dernier cas nous parlerons dorénavant de tromperie. Ainsi, la tromperie est en contradiction avec les règles et les valeurs associées au travail, soit sur un plan technique, soit sur un plan moral et éthique. Ces règles et valeurs – définies par un collectif de travail – constituent un ensemble de règles de métier. Ces dernières ne sont pas prescrites, elles sont le produit d’une activité déontologique et relèvent d’un accord entre les individus sur ce qui est juste, valide, correct ou légitime. Ainsi, elles comportent une dimension éthique : elles fixent ce qu’il est juste de faire ou ce qu’il n’est pas juste de faire. C’est par rapport à cette dimension éthique (“la visée de la vie bonne”) que les pratiques de travail vont être évaluées et que nous pourrons distinguer la tricherie – qui respecte les règles éthiques – de la tromperie, qui va à leur encontre. C’est le jugement porté par les pairs (jugement d’utilité et jugement de beauté), par le collectif de travail, qui décide quels sont les bons moyens, les moyens justes, pour mener à terme le travail.

La distinction mise en évidence entre la tricherie (telle quelle est conçue par la psychodynamique du travail) et la tromperie (telle que nous l’avons définie ici, en tant que tricherie qui va à l’encontre des règles éthiques de métier), nous amène à nous interroger sur ce dernier terme et à la possibilité de le développer en tant que concept dans le corpus théorique de la psychodynamique du travail. Dans ce cas, la notion de tromperie serait à rapprocher de celles de sale boulot et de souffrance éthique, introduites par Christophe Dejours (Dejours, 1998). Mais en abordant le problème de la distinction entre tricherie et tromperie, je souhaitais inscrire cet exposé dans un autre débat qui porte sur la question du jugement sur le travail et de sa validité (qui est-ce qui juge mon travail ? d’après quels critères ?). Ce point nous amène par ailleurs à nous interroger sur la question de la banalisation du mal, qui touche cette fois-ci à des enjeux politiques et philosophiques majeurs. En effet, ce qu’il importerait de comprendre dans un deuxième temps c’est dans quelle mesure est-il possible que des pratiques relevant de l’exercice du mal (la tromperie), moralement condamnables, puissent devenir des règles de métier admises et employées larga manu par des collectifs de travail composés de gens ordinaires ? Comment se fait-il qu’aujourd’hui le mensonge, la duperie et la fausseté prédominent à certains endroits comme des pratiques acceptées et parfois encouragées ? La question est alors de savoir quelle place accorder à la dimension éthique présente dans le travail et de quelle façon les individus remanient leur sens moral dans le rapport subjectif au travail. D’après Duarte Rolo.

Bibliographie :

– Dejours C., 1998, Souffrance en France, Paris, Éditions du Seuil.
– Molinier P., 2006, Les enjeux psychiques du travail, Paris, Éditions Payot & Rivages.

Par Philippe GOULOIS, Cooper'activ

Philippe GOULOIS, catalyseur d'innovation sociale, activateur de bien être et de performance

C’est fort d’une expérience d’une vingtaine d’années du monde du travail qu’il a fait le choix d’une réorientation professionnelle qui l’a conduit vers l’ergonomie, et la faciliation dans des démarches de construction de la santé au travail.

Dans cette première vie professionnelle, il a pu appréhender différents secteurs d’activités dont le secteur de la restauration, de la qualité et enfin celui de la formation professionnelle. Ce dernier lui a permis de développer ses qualités relationnelles et une grande capacité d’écoute auprès de typologies de public hétérogènes mais aussi une bonne pratique du travail en équipe pluridisciplinaire.

Ces expériences professionnelles ont été l’occasion pour lui de cheminer et de disposer aujourd’hui des ressources et des expériences du monde du travail, et ainsi de construire un parcours professionnel atypique. Depuis la réalisation du travail, au management, puis à l’évaluation qualité et à l’accompagnement des individus pour disposer des ressources pour répondre aux attentes de l’entreprise, il s’est orienté vers ce qui joue dans le travail et ce que cela produit pour le salarié et pour la performance de l’entreprise.

En 2000, il obtient un diplôme universitaire sanctionnant une formation et une pratique des sciences de l’éducation, intégrant l’usage des TIC avec une orientation particulière autour de l’ergonomie cognitive et des interfaces pédagogiques entre l’apprenant et son environnement numérique. Aujourd’hui il réinvestit ces compétences dans l’appréhension des situations de travail des opérateurs mais également dans le conception des processus d’apprentissage et du développement des compétences.

En 2011, il complète son parcours universitaire en « Ergonomie, santé et sécurité dans la conduite du changement en entreprise », à l’IETL de LYON 2, puis à l'école national supérieur de cognitique à Bordeaux.

Au sein du rectorat de Lyon ou de la région Rhône-Alpes, il conduit plusieurs projets de construction de la santé au travail mobilisant parfois de nombreux acteurs mais toujours en lien avec le réel du travail des opérateurs en se fondant sur le dialogue social.

Pour enrichir sa pratique, il tente en 2012 l’aventure de l’entreprenariat en qualité de formateur consultant. Il conduit alors plusieurs projets d'innovation sociale dans l’industrie, l’événementiel, et le service à la personne.

Communications

Ministère de l’agriculture, 2001, Rapport du groupe PNNS / Qualité gustative des aliments et environnement des repas : restauration scolaire, hospitalière et aide alimentaire :

Territorial, La gazette des communes, Philippe Goulois L’ergonomie, ou l’art de la prévention . ARTICLE DU NUMÉRO 250 – 23 MAI 2013

Café pédagogique, 2003 : Apprendre avec le numérique : Le paradigme des outils cognitif

Le formateur : éducateur de citoyens éclairés ou développeur de capital humain au service du marché ? Inffo-formation (L’), 01/05/2013, n° 833, p. 24-25

Le Co-développement professionnel. Une ressource au service de l’intelligence collective – Personnel, n° 539, mai 2013, pp. 42-43

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