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Si le travail était simple, on pourrait l’automatiser

Il y a quelques années, Jacques DURRAFOURG, souvent nommé comme l’un des pères fondateurs de l’ergonomie de l’activité. Il donne notamment l’exemple de l’intervention d’un automaticien au sein une fromagerie, et l’introduction d’un robot.

« Le Travail, ce n’est pas technique! »
« Aujourd’hui, on gère les entreprises dans la plus parfaite ignorance du contenu réel du travail. Est-ce un problème technique ? On l’a cru. Le taylorisme définit des procédures, il réduit l’homme à n’être qu’un exécutant. Or, on a constaté que les gens n’appliquent jamais complètement ces procédures ! Le travail, ce n’est absolument pas technique. Il y a toujours un écart, et cet écart est géré : travailler, c’est gérer l’écart. Et c’est dans cette gestion que l’homme se construit, en santé, en humanité, en société. Ou bien qu’il se détruit… Voici une histoire qui illustre la nécessité d’enraciner toute réflexion économique et sociale dans une meilleure connaissance de l’activité de travail. C’est un automaticien qui me l’a racontée. Une fromagerie lui passe commande d’un robot pour retourner les fromages dans la phase d’affinage du produit. Un problème a priori pas compliqué, pensait-il. Or, six mois après l’installation de la machine, le patron de la fromagerie l’appelle : sa clientèle se plaignait d’une dégradation de la qualité. L’automaticien se rend sur place et constate que le robot fait son boulot : il retourne les fromages. Et puis, en visitant l’entreprise, il remarque que les ouvrières qui font le travail manuellement, tâtent, et même sentent les fromages, de sorte qu’elles ne les retournent pas systématiquement. Il mesure que c’est une représentation mécanique du travail des femmes qui a servi à concevoir le robot ; il comprend alors la complexité réelle de leur travail. Autrement dit, là où l’on ne voyait que de la main et du muscle, il y avait du sens tactile, du sens olfactif, du cognitif, qui assurait la qualité. Cette histoire a des côtés dramatiques, l’introduction du robot a entraîné la suppression d’emplois, l’entreprise a perdu des parts de marché…Elle montre qu’on conçoit la technologie, on organise dans l’entreprise avec une vision simpliste du travail. On dit aux gens : on va vous fixer des objectifs, évaluer vos résultats, et entre les deux, vous vous débrouillerez… Résultat, les gens explosent. J’ai rencontré des salariés qui réclament des cadres et des patrons qui connaissent le boulot, car aujourd’hui ils gèrent l’entreprise avec des ratios et des graphiques ! Cela a des conséquences au niveau économique, sur le développement technique, sur le fonctionnement de l’entreprise. »

Lien complet du débat : http://www.humanite.fr/Travail-qu-est-ce-qui-n-est-plus-supportable

Source : L’Humanité du samedi 22/09/07

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